Construire un monde protégé contre… la démocratie
Le secteur des relations publiques s’est développé de manière régulière depuis le début du XXe siècle et semble promis à une croissance encore plus importante dans le siècle qui commence. Personne ne sait exactement combien d’argent les entreprises américaines investissent chaque année dans la « com’ », mais l’esumation la plus basse est de dix milliards de dollars. Si la publicité était autrefois l’œuvre de colporteurs de carnaval et d’arnaqueurs minables, les lobbyistes actuels sont recrutés parmi les ex-journalistes, les hommes politiques à la retraite et les diplômés ambitieux. Ils frayent avec le gratin international : PDG de grandes entreprises, sénateurs, diplomates et membres du gouvernement. Ils utilisent des outils psychologiques sophistiqués, des sondages et des banques de données complexes pour définir les « psychographies » spécifiques des quartiers de chaque ville d’Amérique. Auparavant, les attachés de presse s’appuyaient sur les communiqués de presse et les artifices de la publicité
pour attirer l’attention de leurs clients. Désormais, l’industrie des relations publiques utilise des numéros verts et le télémarketing, des serveurs télématiques, l’envoi simultané de fax et d’e-mails à partir de multiples endroits ; mais aussi des reportages préfabriqués — reportages complets, conçus, filmés et produits par des agences-conseil et envoyés par satellite à des centaines de chaînes à travers le monde. Ces reportages en kit, conçus comme d’authentiques reportages pour les journaux ou magazines télévisés, sont fréquemment utilisés par les émissions d’actualité sans aucune mention, ni de leur auteur ni de leur origine, dissimulant ainsi qu’il s’agit d’une publicité déguisée. « La plupart des images présentées à la télévision sont en fait fabriquées par les agences de lob- bying. La majorité des articles de journaux ou des reportages télévisés ne sont pas de l’info », a déclaré le principal vice- président de l’agence Gray & Company .
L’industrie des relations publiques orchestre également, nous y reviendrons, une grande partie des campagnes de certaines des associations qui font le siège du Congrès à Washington, des élus locaux ou fédéraux. Contrairement aux associations authentiques, ces mouvements bidons sont suscités, contrôlés et financés par les multinationales. Philip Morris embaucha l’agence Burson-Marsteller (la plus importante société de lobbying du monde) pour créer l’Alliance nationale des fumeurs afin de mobiliser ceux-ci et les organiser en un lobby « citoyen » qui défendrait « leurs droits »… de fumer. Dans un autre domaine, les consultants ont créé, afin de combattre les écologistes, des associations pseudo écologistes comme la Coalition pour la défense du climat mondial ou l’Alliance pour la protection des forêts de Colombie-Britannique. Pour justifier ce type d’activités, les agences-conseil affirment qu’elles souhaitent simplement participer au processus démocratique et contribuer au débat public. En réalité, elles soustraient la plupart de leurs activités au regard de tout un chacun. Cette invisibilité est l’un des outils des stratégies de manipulation des citoyens et du gouvernement. Comme le disait un professionnel du conseil : « La persuasion est, par définition, une activité subtile. La meilleure com’ ressemble à de l’info. Vous ne savez jamais exactement quand une agence de lobbying est efficace. Vous constaterez seulement que votre opinion est lentement en train de changer. »
En elles-mêmes, la plupart des techniques employées par l’industrie des relations publiques — de l’organisation des citoyens à la base à l’utilisation des médias pour diffuser des idées – n’ont rien de condamnable. Pourtant, en tant que citoyens, nous n’avons pas seulement le droit de nous engager dans ces activités mais la responsabilité de participer aux décisions qui façonnent notre vie – qu’il s’agisse d’améliorer les conditions de travail ou la santé publique, d’obtenir des prix mieux ajustés pour les petits exploitants, d’imposer une nourriture saine, de défendre l’égalité sociale ou une politique extérieure plus juste. Toutefois, les citoyens ne disposent pas des millions de dollars qu’emploient les agences-conseil pour défendre les intérêts particuliers de leurs clients – grandes entreprises, associations patronales et gouvernements. Et l’accroissement de leur influence met en danger toute défense de l’intérêt général.
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