Dans la boue jusqu’au cou : Et bientôt elles seront écologiques
Évidemment, les partisans de l’utilisation des boues dans l’agriculture réagissent chaque fois que des cauchemars similaires sont dévoilés. « Les spécialistes des boues sont persuadés d’avoir perdu plusieurs années dans leur longue et pénible tentative de convaincre la société de l’innocuité des boues, écrivit Gene Logsdon dans le magazine BioCycle. La situation n’est cependant pas totalement négative pour eux puisqu’ils devraient avoir plus de facilité à obtenir des fonds pour mettre sur pied des programmes d’éducation et d’information. »
Selon Logsdon, il suffirait de « financer un spectacle ambulant » en faisant appel à une brochette de scientifiques connus et favorables au projet, par exemple Terry Logan, « entouré des opérateurs de stations d’épuration. Autrement dit, c’est un boulot à confier à une agence de pub créative. Si le nucléaire peut convaincre le public qu’il produit “une énergie synonyme d’air pur”, améliorer l’image des boues devrait être du gâteau — si vous me permettez le jeu de mots ».
La Fédération des milieux aquatiques s’est réunie en juillet 1995 pour examiner « le débat public sur le recyclage des biosolides dans toutes les régions d’Amérique du Nord, critiquer les images diffusées par les médias locaux, faire connaître des stratégies, des tactiques et des documents précis visant des publics spécifiques, et analyser les succès et les échecs dans chaque région ». Selon le bulletin Sludge, Charlotte Newton, de l’agence Powell Tate PR (qui a bénéficié de fonds publics alloués par l’Agence pour la protection de l’environnement pour promouvoir l’utilisation des boues dans l’agriculture), préconisa de réagir plus fermement face aux opposants : « Attaquez-les sans trop les diaboliser.»
Le fait que les plus grandes entreprises et associations patronales de l’alimentation reviennent sur leur opposition de longue date aux boues d’épuration permet de mesurer la réussite de ces campagnes. Ainsi, l’Association nationale de l’industrie agro-alimentaire – principal lobby de l’industrie alimentaire, dont font notamment partie Del Monte, Heinz et Nestlé – s’opposait encore vivement il n’y a pas si longtemps à l’acceptation et à la vente de fruits et légumes cultivés sur des boues. Cette opposition bat désormais de l’aile. Heinz, le conglomérat de la tomate et du ketchup, déclarait en 1992 : « La société Heinz veut éviter le risque sanitaire représenté par l’utilisation de boues municipales, qui ont une forte teneur en métaux lourds tels que le cadmium et le plomb. Les cultures de racines comme la pomme de terre, la carotte et autres légumes cultivés sous terre risquent d’incorporer des taux trop élevés, et donc inacceptables, de métaux lourds. Lorsqu’une terre est contaminée par le plomb, elle le reste pour une durée indéfinie. Il nous arrive d’ailleurs de ne plus traiter avec des fournisseurs qui ont accepté l’épandage de boues sur leurs cultures.69 » Cependant, en 1995, un représentant de Heinz affirma que la politique de son entreprise avait changé. D’autres sociétés s’engagèrent dans la même voie. D’après Chris Meyers, consultant du géant Del Monte, son entreprise risque de revoir « sa position traditionnelle consistant à ne pas utiliser des produits agricoles bruts culti- vés sur des sols traités par des boues municipales. L’Agence pour la protection de l’environnement a demandé à l’Académie nationale des sciences de procéder à une étude extensive des problèmes de sécurité extraordinaires. Del Monte soutient activement cette étude qui, nous l’espérons, facilitera l’utilisation des boues à l’avenir ».
Ensuite, lorsque les « biosolides » seront acceptés comme engrais dans l’agriculture, le puissant lobby de l’Association nationale de l’industrie agro-alimentaire « s’opposera fortement » à tout étiquetage précisant que des produits ont été cultivés sur des terres fertilisées par les boues. Selon le représentant de cette organisation, Rick Jarman, les consommateurs n’ont pas besoin de savoir que leurs aliments ont poussé dans les boues .
À l’heure actuelle, les exploitants agricoles « certifiés bio » n’ont pas le droit d’utiliser les boues sur leurs terres, mais les producteurs de « biosolides » tentent d’obtenir l’accord des organisations du secteur biologique. Ce sera le prochain champ de bataille pour l’industrie des relations publiques. La surface de terres agricoles consacrée à la culture biologique est actuellement très limitée. Cependant, affirme Brian Baker de l’Association des agriculteurs californiens certifiés bio : « Imaginez la force de l’argument, en matière de lobbying, pour les promoteurs des boues. S’ils réussissaient à présenter des boues si propres qu’elles peuvent être “certifiées bio” — quelle prouesse de greentvashingce serait pour les boues d’égout !»
Vidéo : Dans la boue jusqu’au cou : Et bientôt elles seront écologiques
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