Espions à louer : Attachés de presse et barbouzes à l'hôtel Watergate
En dehors de l’espionnage sur le territoire américain, l’industrie des relations publiques a souvent participé à des opérations à l’étranger, et a notamment permis à ses bureaux extérieurs de servir de couverture à la CIA. Certains de ces liens sont décrits dans The Power House, livre où Susan Trento retrace avec un œil critique la vie du consultant Robert Keith Gray. Trento raconte que l’énorme agence-conseil Hill & Knowlton « décida d’ouvrir des bureaux à l’étranger sur le conseil d’amis, dont le directeur de la CIA de l’époque, Allen Dulles ». Selon Robert
Crowley, haut cadre de Hill & Knowlton, ces « bureaux à l’étranger étaient une “couverture” parfaite pour les besoins sans cesse croissants de la CIA. Contrairement à d’autres emplois, celui de lobbyiste n’exigeait aucune formation préalable pour les fonctionnaires de la CIA ». George Worden, un autre cadre de l’entreprise, a déclaré qu’ils « plaisantaient toujours chez Hill & Knowlton à propos de notre bureau à Kuala Lumpur ; personne ne pouvait me dire ce qu’on y fabriquait et j’étais persuadé qu’il s’agissait d’une vitrine de la CIA » .
Une autre agence de relations publiques, Robert Mullen & Co., très liée à la CIA, joua un rôle clé dans le scandale du Watergate. Dans son rapport, Howard Baker, vice-président républicain de la commission d’enquête sur le Watergate, affirma que l’agence Mullen & Co. « entretenait des rapports avec la CIA depuis sa création en 1959. Cette entreprise fournissait une couverture à un agent en Europe et à un autre au Moyen-Orient, au moment où éclata le scandale du Watergate ». En dehors du fait qu’il couvrait des activités de la CIA, Robert Mullen s’occupait de la communication de clients comme l’Église mormone, General Foods et les ministères de la Santé, de l’Éducation et de la Protection sociale [ Welfare].
En 1971, la société Mullen fut achetée par Robert Bennett, fils de Wallace Bennett, sénateur républicain conservateur de l’Utah. Le nom de Robert Bennett est cité à plusieurs reprises dans une longue analyse du Watergate écrite par Anthony Lukas et publiée dans le New York Times Magazine. « Robert Foster Bennett est l’un des personnages les plus intrigants de la saga du Watergate, écrit Lucas. Grâce à son allié politique, Chuck Colson, il entretenait des relations étroites avec le Comité pour la réélection du Président. Et au début de 1971, grâce aux bons offices de Colson, il acheta la société Robert R. Mullen & Company, une agence-conseil basée à Washington et qui servait de couverture pour la CIA à Stockholm, Singapour, Amsterdam et Mexico, mais aussi aux États-Unis mêmes, en employant toute une équipe d’“anciens” de la CIA, dont Howard Hunt. »
Un jour après avoir pris sa « retraite » de la CIA, le 30 avril 1970, Howard Hunt commença à travailler pour l’agence Mullen & Co. Lorsque la campagne présidentielle démarra, Chuck Colson appela Robert Bennett en juillet 1971 et s’arrangea pour que Howard Hunt « surveille » la Maison- Blanche. Les bureaux de Mullen & Co. se trouvaient au 1700 Pennsylvania Avenue, juste en face de ceux du Comité pour la réélection du Président, au 1701 Pennsylvania Avenue. Les organisateurs de la campagne de Nixon mirent au point une grande partie de leurs combines douteuses, dont le cambriolage du Watergate, dans le bureau de Howard Hunt chez Mullen & Co..
Le lendemain du jour où les complices de Hunt furent arrêtés à l’hôtel Watergate, un avocat de Mullen & Co. aida les cambrioleurs à réunir leur caution. Des enquêtes ultérieures dévoilèrent d’autres liens entre le cabinet Mullen et le complot du Watergate, dont une série de coups de fil passés à partir du bureau de Howard Hunt à Donald Segretti. Ce dernier fut inculpé ensuite pour avoir organisé une campagne d’espionnage et de sabotage politiques contre les démocrates. En fait, plusieurs journalistes éminents qui enquêtèrent sur le Watergate, dont Anthony Lukas, en vinrent à la conclusion que le PDG de la société Mullen, Robert Bennett, était « Gorge Profonde », ce mystérieux informateur qui renseigna les deux journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Cari Bernstein. Selon le rapport du sénateur Howard Baker, « Robert Bennett fournissait des tuyaux à Bob Woodward, qui lui en était “particulièrement reconnaissant” ; il ne citait jamais Bennett ; il protégeait Bennett et la société Mullen & Co. Selon l’avocat Chuck Colson, Bennett cacha le rôle de la CIA dans le Watergate et rejeta toute la responsabilité sur la Maison-Blanche » . En choisissant de devenir un informateur plutôt qu’une cible de l’enquête sur le Watergate, Bennett survécut au scandale sans que sa réputation ne soit ternie. En 1992 , les habitants de l’Utah Mirent au poste que son père avait longtemps occupé : celui de sénateur de l’État.
Vidéo : Espions à louer : Attachés de presse et barbouzes à l’hôtel Watergate
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