Espions à louer : Des infiltrations ponctuelles
En novembre 1991, Rural Vermont, groupe de soutien à l’agriculture, publia un rapport fondé sur les informations d’un spécialiste des produits laitiers à l’université du Vermont, l’une des universités d’État engagées dans des tests sur la rBGH pour des recherches financées par Monsanto. Contrairement aux déclarations de la multinationale, les données du chercheur montraient un taux inhabituellement élevé de veaux déformés dont les mères avaient été traitées à la rBGH. Dans une interview, le porte-parole du service communication de l’université, Nicola Marro, dénigra le rapport de Rural Vermont, affirmant qu’il représentait seulement la première salve d’une campagne nationale contre la rBGH planifiée en secret par Jeremy Rifkin. Comment Marro le savait-il ? « Monsanto a une taupe dans le groupe de Rifkin », déclara-t-il.
Une enquête le confirma rapidement. Il s’agissait de Diane Moser, censée travailler comme stagiaire au Comité des consommateurs du Maryland – dont on découvrit vite… la non-existence. Une enquête minutieuse révéla ensuite que Moser travaillait pour Burson-Marsteller. Un journaliste appela Timothy Brosnahan, responsable de cette agence-conseil à Washington : « Je connais Diane, mais j’ignore ce quelle fait durant ses heures de loisir. » Une enquête complémentaire montra qu’un autre membre du fantomatique Comité des consommateurs du Maryland, Laurie Ross (alias « Lisa Ellis »), travaillait, comme Diane Moser, sous les ordres de la vice-présidente Sheila Raviv. Cette dernière a depuis été promue directrice générale du bureau de Burson-Marsteller à Washington et nie avoir eu connaissance de l’opération .
Autre illustration, Kaufman PR, agence-conseil du Bureau national pour la recherche et la production laitières, espionna un congrès contre la rBGH à New York en janvier 1990. Les organisateurs découvrirent par la suite que Larry O’Neil, responsable des relations publiques de Monsanto, avait contacté les médias new-yorkais avant la réunion anti- rBGH pour les convaincre qu’il ne valait pas la peine d’y assister. Lorsqu’ils vérifièrent, grâce à la loi sur la liberté d’information, les archives de l’Association nationale des producteurs laitiers, ils constatèrent que plusieurs participants au congrès espionnaient pour le compte d’agences- conseil. Quatre jours avant la réunion, la société Kaufman PR avait signé un accord de sous-traitance avec Direct Impact, agence-conseil basée à Alexandria (Virginie) et spécialisée dans le « lobbying des associations de base ». Le contrat stipulait que Direct Impact devait recruter « entre six et huit personnes résidant à New York pour assister à l’événement, observer les discussions, poser des questions et fournir toute aide nécessaire. Chaque intervenant [devait] connaître les arguments favorables à l’hormone et citer au moins une raison solide pour soutenir la position de l’Association nationale des producteurs laitiers » .
Cette opération visait apparemment à minimiser la couverture médiatique de la réunion et à influencer les journalistes en faisant venir des fausses « ménagères » qui soutiendraient l’injection d’hormones artificielles de croissance à des vaches laitières. L’action ne brillait pas par sa subtilité : « Lorsqu’une femme s’est levée pour déclarer qu’elle était une ménagère typique, puis s’est mise à nous débiter des arguments extrêmement techniques, nous avons su immédiatement qu’elle n’avait pas puisé ses infos dans Maison et Jardins », déclara Dave Carter, l’organisateur du congrès .
Vidéo : Espions à louer : Des infiltrations ponctuelles
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