… et se déroule dans l'ombre
Les opérations militaires dans le golfe Persique commencèrent par l’envoi de centaines de milliers de soldats, d’armes et de munitions dans certains points de rassemblement en Arabie Saoudite (nation alliée des États-Unis qui ne connaissait ni la liberté de la presse ni les droits démocratiques). Dans un rapport de stratégie secret, le Pentagone décrivit un plan détaillé pour contrôler et surveiller les journalistes. Une opération massive de baby-sitting devait permettre qu’aucun reportage indépendant ou non censuré ne puisse parvenir aux États-Unis : « Les représentants des médias seront escortés en permanence, affirmait le mémo. Je répète, en permanence. »
Le secrétaire adjoint à la Défense pour les affaires publiques, Pete Williams, fut le principal attaché de presse du Pentagone pendant la première guerre du Golfe, utilisant la désormais traditionnelle stratégie « gentil flic et méchant flic ». Le gouvernement d’Arabie Saoudite joua le mauvais rôle et se montra très tatillon, refusant des visas aux journalistes et rejetant les demandes de la presse. Pete Williams, quant à lui, endossa le rôle de l’« ami des reporters », celui qui intercédait constamment en leur nom auprès des Saoudiens. Placés en position de rivalité, les médias passèrent leur temps à essayer de conquérir les faveurs de Williams, ce qui les empêcha de se demander si l’indépendance journalistique était compatible avec une escorte militaire permanente et avec la censure.
La supériorité technologique écrasante des forces américaines permit de remporter une victoire décisive au cours de la guerre brève et brutale connue sous le nom de « Tempête du désert ». Une fois le conflit terminé, certains médias ont tranquillement admis qu’ils avaient été manipulés en vue d’une couverture aseptisée des événements qui ignora pratiquement le coût humain de la guerre – estimé aujourd’hui à plus de iooooo civils. Les Américains n’auront probablement qu’un seul souvenir de ce conflit : les images fournies par le Pentagone montrant des « bombes intelligentes » qui ne frappaient que des cibles militaires et ne causaient que des « dommages collatéraux minimes » chez les civils.
« Même si des médias influents comme le New York Times et le Wall Street Journal n’ont cessé de promouvoir l’illusion d’une “guerre propre”, un tableau différent a commencé à émerger lorsque les Etats-Unis arrêtèrent de bombarder massivement l’Irak, notent Lee et Solomon. Mais la situation confirma ce que Napoléon avait déjà noté : il n’est pas nécessaire de supprimer les informations, il suffit d’en retarder suffisamment l’arrivée pour qu’elles n’aient plus d’importance.»
Vidéo : … et se déroule dans l’ombre
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