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L’industrie du mensonge : Brève histoire des déchets

Vous êtes ici : » » L’industrie du mensonge : Brève histoire des déchets ; écrit le: 20 mars 2012 par azza

L’industrie du mensonge : Brève histoire des déchetsJusqu’au XXesiècle, les installations de plomberie domestiques restaient réservées à l’élite. La plupart des citoyens utilisaient des toilettes extérieures tandis que les nantis disposaient d’un embryon de système intérieur : des bassins vidés par leurs domestiques. Quoi qu’il en soit, tout retournait dans le sol sans trop voyager. Au sein des sociétés agricoles tradition­nelles, les excréments humains étaient particulièrement prisés comme engrais. La révolution industrielle a bouleversé la donne en rassemblant les populations loin des terres culti­vées, au sein de villes congestionnées où compostage et recy­clage étaient concrètement impossibles. On a commencé par creuser des tranchées à ciel ouvert pour évacuer les déchets vers les étendues d’eau voisines. À l’époque où les populations étaient encore relativement peu nombreuses et l’approvisionnement en eau apparemment illimité, on choi­sit d’utiliser l’eau potable pour transporter ou recevoir nos déchets. Durant les années 1920 et 1930, les canalisations ser­vant à acheminer vers les fleuves et les océans d’imposantes quandtés d’eaux usées non traitées provenant des grandes villes provoquèrent de graves problèmes de pollution. Puis les fosses septiques utilisées par des milliers de communau­tés d’importance réduite ou moyenne furent vite insuffi­santes et surchargées. Pendant ce temps, des milliers d’industries produisaient des déchets chimiques dont elles devaient se débarrasser.

Il aurait été plus sain pour l’environnement de séparer les excréments humains des déchets industriels avant épura­tion. Le recyclage des matières biodégradables aurait rendu leurs nutriments au sol tandis que les entreprises auraient traité leurs déchets de leur côté, les réutilisant éventuelle­ment dans leur secteur d’origine. À l’époque, il sembla plus facile et moins coûteux de se contenter d’un système com­mun d’évacuation. Les entreprises y trouvèrent leur compte, se débarrassant de leurs déchets toxiques avec l’aide des sub­ventions publiques. Et les particuliers appréciaient les ins­tallations intérieures qui « évacuaient tout » comme par magie — ce nouveau luxe marquait l’entrée dans la moder­nité, la fin de la dure époque de la Frontière Par ailleurs,ce système réduisait les risques de propagation des maladies contagieuses. Pour beaucoup, il symbolisait toute la diffé­rence entre l’archaïsme de l’ère primitive et les bienfaits de la civilisation technologique.



Néanmoins, ce système possède un terrible inconvénient : il recueille, mélange et concentre toute une gamme de matières nocives et toxiques qu’il est ensuite très difficile, voire impossible, de séparer et de traiter. Selon Abby Rockefeller, philanthrope partisan d’une réforme du traite­ment des déchets, « les systèmes conventionnels d’épuration des eaux usées n’ont pas été conçus pour le recyclage. L’incapacité des hommes à résoudre le problème global de la pollution causée par les déchets reçus par ces systèmes prend sa source dans leur conception même ».

Selon les écologistes Pat Costner et Joe Thornton, « il existe aujourd’hui des systèmes de traitement sans eau — compostage sur place et toilettes sèches – qui transforment directement les excréments humains en un additif sûr et utile pour le sol. Ces systèmes sont plus économiques que les toilettes à eau et les systèmes de collecte et de traitement. Cependant, les toilettes à eau font tellement partie de nos mentalités et de notre culture que cela nous empêche de pas­ser à d’autres systèmes. On dépense donc des milliards de dollars pour améliorer, en vain, des systèmes d’évacuation par l’eau qui reposent sur l’illusion qu’il serait possible de diluer d’abord les déchets dans l’eau puis – pour un coût très élevé – d’en retirer une partie. Ce traitement produit d’une part des boues toxiques, qui nécessitent une épuration sup­plémentaire avant de pouvoir être éliminées, d’autre part des effluents traités qui transportent le reste de matières polluantes dans les eaux de réception  ».

Pour faire face au problème grandissant de la pollution de l’eau, les États-Unis ont lancé un programme sans précédent destiné à relier des millions de foyers et des dizaines de mil­liers d’entreprises à des stations d’épuration. Au début des années 1970, les journaux titraient sur la pollution de l’eau potable et la mise en quarantaine de certaines plages. Sous la pression des écologistes, le Congrès fit passer la loi sur l’eau propre en 1972. Selon le sénateur Max Baucus, cette loi « nous a fait miroiter l’espoir que nous pourrions de nouveau pêcher et nous baigner dans nos rivières, à une époque où l’on dénonçait une rivière connue pour être inflammable et où d’autres cours d’eau étaient désertés par les poissons depuis une génération 6 ». La loi sur l’eau propre accorda un délai de cinq ans aux municipalités pour qu’elles suppriment au minimum 85 % des polluants traités par leurs stations d’épuration et trouvent comment financer les traitements complémentaires et les technologies de filtrage nécessaires. Au milieu des années 1970, le gouvernement fédéral dépen­sait cinquante milliards de dollars par an pour aider les villes à atteindre l’objectif fixé : la pureté de l’eau .

Cependant, dans les années 1980, les politiciens soumis aux pressions exigeant la réduction des dépenses fédérales supprimèrent les subventions en faveur de l’épuration de l’eau. Au point qu’on ne trouva bientôt pratiquement plus de fonds disponibles pour ce programme . Entre-temps, la campagne pour l’eau propre avait créé un autre problème grave : les processus d’épuration produisaient des tonnes de boues d’égout polluées.

Pour Abby Rockefeller, les centaines de milliards de dol­lars dépensés pour purifier l’eau dans les stations d’épuration ont été presque entièrement gaspillés : « Outre l’énorme coût financier et énergétique d’une telle décision, il reste le problème des boues. Personne ne reconnaît l’importance critique de cette question. Plus le traitement des boues est perfectionné, et plus la décantation augmente, plus la quan­tité et la toxicité des boues produites s’accroissent. Autrement dit, “meilleur” est le traitement plus grande sera la gamme de matières incompatibles et concentrées dans cette gelée grise. »

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