Le nucléaire est économique, propre et sans danger : L'atome au service de la paix
Le président Dwight Eisenhower prononça en 1953 son fameux discours devant les Nations unies : « L’atome au service de la paix ». Développant une image inspirée de la Bible (« Ils forgeront leurs glaives en socs de charrue », Isaïe, 2,4), il affirma : « Une puissance pacifique reposant sur l’énergie atomique n’est plus un rêve pour l’avenir. Cette capacité, déjà prouvée, est ici, maintenant, aujourd’hui, prête à fournir une énergie électrique abondante aux zones du monde qui en manquent. Les États-Unis pensent contribuer à résoudre le terrible dilemme atomique ; et investir toutes leurs ressources pour que la miraculeuse inventivité de l’homme serve à la vie et non à la mort de l’humanité. »
Le discours d’Eisenhower marqua le commencement d’une campagne destinée à transformer l’image de la technologie nucléaire. Auparavant, son seul usage avait été de concevoir et fabriquer des armes de destruction, mais la Commission pour l’énergie atomique promettait désormais que les générateurs nucléaires produiraient une électricité « tellement bon marché qu’on ne pourrait en évaluer la valeur ». Le monopole de l’État sur la propriété des matériaux nucléaires fut aboli et les entreprises privées invitées à participer au développement commercial de l’énergie atomique 5. Les États-Unis promirent de partager la technologie de l’énergie atomique avec les nations sous-développées. Cette image de l’atome « source magique d’énergie illimitée » fut promue à l’aide de films éducatifs, de brochures et d’experts qui affirmèrent qu’un morceau d’uranium de la taille d’un petit pois contenait suffisamment d’énergie pour conduire une voiture jusqu’à la Lune et en revenir 6. Moins d’une année après son discours, le Ier septembre 1954, lors du Labor Day [fête du Travail], Eisenhower apparut dans une publicité spectaculaire : brandissant une « baguette magique », il commandait à distance un bulldozer qui commençait à creuser les fondations de la première centrale nucléaire privée à Shippingport, petite ville de Pennsylvanie .
Une fois de plus, l’image et la réalité ne coïncidaient absolument pas. Bien que les scientifiques eussent déjà démontré que les réacteurs nucléaires pouvaient générer de l’électricité, la technologie n’intéressait guère les sociétés privées fournissant des services publics : celles-ci jugeaient les générateurs nucléaires chers et inutiles. En fait, le kilowatt d’électricité produit par le réacteur de Shippingport coûtait dix fois plus que celui produit par d’autres moyens ; il fallut distribuer des subventions fédérales pour le rendre compétitif par rapport aux centrales traditionnelles marchant au charbon8. Le véritable objectif de Shippingport était d’ordre symbolique : il permit de faire savoir que l’atome pouvait avoir un usage pacifique.
En 1950, David Lilienthal démissionna de son poste de président de la Commission pour l’énergie atomique. Il avait perdu ses illusions en découvrant « les nombreuses façons dont les techniques de lobbying [avaient] été utilisées afin de promouvoir l’appropriation des fonds pour une utilisation pacifique de l’atome ». Il critiqua le discours selon lequel on fournirait une technologie nucléaire aux pays sous-développés : « Même sur le plan de la pure propagande, il s’agit d’une initiative naïve et contraire au but recherché. La plupart de ces pays ont besoin de médecins, de médicaments, de batteries rechargeables, de charrues, d’engrais et de semences — et d’une bonne instruction scientifique de base. Seul le désir de prouver à tout prix que l’atome sert la cause de la paix peut justifier l’absurdité d’un programme séparé, et le fait qu’il ne dépende pas du ministère des Affaires étrangères mais de la Commission pour l’énergie atomique »
En 1962, l’énergie nucléaire coûtait toujours plus cher que celle produite par des moyens conventionnels, mais la Commission pour l’énergie atomique et les sociétés privées comme Wesdnghouse, Union Carbide et General Electric, qui cherchaient absolument à rentabiliser leur investissement, dépensèrent des milliards de dollars pour la recherche-développement. En grande pompe, General Electric annonça cette année-là qu’elle allait faire construire une centrale nucléaire à Oyster Creek, dans le New Jersey, pour 91 millions de dollars, et sans la moindre subvention fédérale. En réalité, le réacteur d’Oyster Creek représentait un produit d’appel. General Electric le construisit pour un prix défiant toute concurrence, acceptant de perdre de l’argent afin d’être placée dans une position dominante sur le marché des réacteurs. Le stratagème fonctionna. La mystique de l’énergie atomique high-tech eut un effet hypnotique, les commandes de nouveaux réacteurs commencèrent à affluer de la part des sociétés privées offrant des services publics. Celles-ci étaient convaincues qu’elles avaient besoin de l’énergie nucléaire pour rester à l’avant-garde de la production d’énergie aux États-Unis et assurer l’avenir du pays. Au fur et à mesure que les commandes affluèrent, General Electric augmenta discrètement ses prix jusqu’à ce que les compagnies privées d’électricité paient davantage pour « faire progresser l’avenir » que si elles avaient conservé leurs générateurs conventionnels .
Vidéo : Le nucléaire est économique, propre et sans danger : L’atome au service de la paix
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